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Le Modèle Bafokeng : Une Inspiration pour la Gestion des Ressources en Afrique



L’exploitation des ressources naturelles en Afrique a longtemps été synonyme de spoliation, d’injustices et de développement inégal. Si de nombreux pays du continent regorgent de minerais stratégiques, leur exploitation profite avant tout aux grandes multinationales et aux élites locales, tandis que les communautés vivant sur ces terres en tirent peu de bénéfices. Cette situation, bien que répandue, n’est pas une fatalité. L’exemple du royaume Bafokeng en Afrique du Sud démontre qu’un autre modèle est possible. Ce peuple, grâce à une stratégie visionnaire et une gouvernance éclairée, a réussi à transformer ses richesses en une véritable opportunité de développement économique et social. Cet exemple mérite d’être étudié pour voir comment il pourrait être adapté ailleurs en Afrique, notamment dans le cadre de la Vision minière africaine qui prône une plus grande valorisation locale des ressources.

 

Les Bafokeng sont une communauté du nord-ouest de l’Afrique du Sud qui, dès le XIXe siècle, a pris conscience de l’importance de protéger ses terres. À une époque où les colons européens cherchaient à s’accaparer les territoires riches en ressources, les Bafokeng ont mis en place une stratégie ingénieuse en achetant progressivement leurs terres avec l’aide de missionnaires. Ce choix stratégique s’est révélé déterminant lorsque des gisements de platine ont été découverts sous leurs terres. Plutôt que de voir ces richesses exploitées sans retombées pour leur peuple, ils ont négocié des accords de royalties avec les compagnies minières, ce qui leur a permis de capter une part significative des revenus générés par l’extraction. Avec ces fonds, ils ont mis en place un fonds souverain communautaire, la Royal Bafokeng Nation, qui finance aujourd’hui des écoles, des hôpitaux, des routes et même des entreprises locales.

 

Ce modèle constitue une rupture avec la logique classique où l’exploitation des ressources naturelles bénéficie avant tout aux capitaux étrangers et aux États centraux, laissant les communautés locales marginalisées. Dans de nombreux pays africains, les populations vivant autour des mines ou des gisements pétroliers souffrent davantage qu’elles ne profitent de cette richesse, souvent à cause de l’accaparement des terres, de la pollution et du manque de redistribution des revenus. L’exemple Bafokeng montre qu’il est possible d’adopter une approche où les communautés locales deviennent des acteurs centraux de la gestion des ressources naturelles. Cette approche pourrait être adaptée dans plusieurs pays du continent, en mettant en place des mécanismes qui garantissent une meilleure redistribution des richesses minières et la participation active des populations locales.

 

L’une des premières adaptations possibles de ce modèle concerne la sécurisation foncière. Dans de nombreux pays africains, la terre et les sous-sols appartiennent à l’État, ce qui empêche les communautés locales de bénéficier directement des ressources qui se trouvent sur leurs territoires. Accorder un droit de propriété ou d’exploitation aux populations locales leur permettrait de négocier avec les entreprises minières et d’obtenir des redevances ou des participations aux bénéfices. Sans un cadre légal clair qui reconnaît les droits des communautés, ces dernières restent à la merci des décisions de l’État et des compagnies étrangères. Une réforme foncière inspirée du modèle Bafokeng permettrait de créer une relation plus équilibrée entre les exploitants et les populations locales.

 

L’autre enseignement clé du modèle Bafokeng est l’importance d’un fonds souverain communautaire pour gérer les revenus issus des ressources naturelles. Au lieu de dépendre uniquement des allocations budgétaires de l’État, ces communautés pourraient disposer d’une structure financière autonome qui centralise les revenus miniers et les redistribue sous forme d’investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures. Ce type de mécanisme existe déjà à l’échelle nationale dans des pays comme la Norvège ou le Botswana, mais il pourrait être adapté au niveau local, avec des garanties de transparence et de bonne gouvernance. En attribuant une part fixe des revenus miniers à ces fonds, les communautés deviendraient véritablement actrices de leur développement et pourraient planifier sur le long terme.

 

Une autre adaptation possible concerne la transformation locale des minerais. L’Afrique continue d’exporter l’essentiel de ses ressources à l’état brut, ce qui limite considérablement la création de valeur ajoutée sur le continent. La Vision minière africaine, adoptée par l’Union africaine, insiste sur la nécessité de développer une industrie de transformation pour maximiser les bénéfices tirés des minerais. Le modèle Bafokeng offre un exemple concret de ce qui pourrait être fait à l’échelle locale. Grâce aux revenus du platine, la communauté a investi dans des industries et des services liés à l’exploitation minière, ce qui lui permet de capter davantage de richesses au-delà des seules royalties. Si ce modèle était étendu à d’autres pays, des communautés locales pourraient investir dans des fonderies, des unités de raffinage ou encore des usines de fabrication de batteries pour les véhicules électriques, qui sont une filière d’avenir dans laquelle l’Afrique détient un avantage comparatif grâce à ses ressources en cobalt, lithium et nickel.

 

La gouvernance est un autre élément clé du succès du modèle Bafokeng. Contrairement à d’autres régions minières où les décisions sont prises de manière opaque par des élites éloignées des réalités locales, la Royal Bafokeng Nation fonctionne avec un système de gouvernance participatif, impliquant les chefs traditionnels, les entrepreneurs locaux et la population dans la prise de décision. Cette approche garantit que les investissements réalisés correspondent réellement aux besoins de la communauté et que les fonds ne sont pas détournés par des intérêts privés. Si ce modèle était répliqué dans d’autres pays africains, il pourrait contribuer à une meilleure gestion des ressources naturelles et à une réduction des conflits liés à l’exploitation minière.

 

Plusieurs pays africains pourraient bénéficier de l’adoption d’un modèle inspiré des Bafokeng. Au Ghana, où l’exploitation aurifère est une activité majeure, la mise en place de fonds souverains locaux permettrait aux communautés minières de profiter directement des revenus générés par l’or. Au Niger, un système similaire pourrait être instauré autour des mines d’uranium, afin de garantir que les populations locales ne soient pas simplement spectatrices de l’exploitation de leurs ressources. Le Botswana, qui a déjà réussi à gérer ses ressources diamantifères de manière relativement équitable, pourrait aller plus loin en intégrant un mécanisme de redistribution à l’échelle locale pour les communautés vivant autour des zones minières.

 

L’adaptation du modèle Bafokeng ailleurs en Afrique nécessiterait des réformes légales et institutionnelles profondes, mais elle permettrait une véritable transformation économique et sociale. La clé du succès réside dans la reconnaissance des droits des communautés, la mise en place de fonds souverains locaux transparents, et le développement d’une industrie locale de transformation des ressources. En s’inspirant de cette approche, les pays africains pourraient passer d’une économie extractive, où les ressources sont exploitées sans bénéfices durables pour les populations locales, à une économie transformationnelle, où ces richesses deviennent un moteur de prospérité collective.

 

 
 
 

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